Campagne de Valperdu - Tour de Faerolin (partie 1)
1359 : 15 Nightal (nuitée)
Les flammes de l’âtre du Dragon écarlate illuminent d’un lueur rougeâtre les visages des clients festoyant joyeusement. La bière coule à flot. Des instruments se sont mis à jouer. Villageois et nains du clan de l’Etoile de Fer ont écarté les tables et une gigue endiablée s’exécute. Gidéon, Tuskan, Elquirel et Victor se sont laissés entraînés dans la danse. Les clients qui ont choisi de rester attablés battent frénétiquement la cadence. Un groupe de nains a provoqué Nelson au bras de fer et les paris vont bon train tandis que les challengers se succèdent pour défier le guerrier qui garde ses gants de cuir malgré la chaleur. Plus à l’écart, Kasdanthur, Thorbardin et le prêtre nain discutent ardemment. Kasdanthur lui a prouvé être le descendant des rois de l’Etoile de Fer et lui indique qu’il a redécouvert une des mines de leurs ancêtres. Le prêtre n’en croit pas ses oreilles. Mais sa joie s’éteint vite lorsque, perfides, Tuskan et Gidéon entre deux pas de danse se sont approchés la bière à la main pour demander à Kasdanthur s’il avait évoqué la présence des deux dragons d’ombre et l’accord « commercial » qu’il a conclu avec eux. Furieux, le nain repousse les deux énergumènes qui repartent en éclatant de rire. Ayant reçu l’assurance de son interlocuteur que sa troupe rejoindra la mine, le prêtre/guerrier revient à des dispositions plus festives et relance une tournée.
Alors que monte les premières notes d’une saltarelle, Georges se décide enfin à accepter l’invitation d’une villageoise. Mais la porte de l’auberge s’ouvre soudain à la volée. Le garde de nuit se précipite haletant au milieu de l’établissement. La musique stoppe tout d’un coup
« Dame elfe, à la barrière, des elfes étranges, ils veulent vous parler ! »
S’ensuit un véritable tohu-bohu. Une partie de l’assemblée se précipite à la porte, les jeunes en tête.
A l’entrée du village quelques elfes à la peau hâlée aux reflets verts et aux cheveux sombres semblent mal à l’aise devant la foule qui se présente. A leurs regards intimidés, on jurerait qu’au moindre bruit suspect, ils s’égaieront dans les ténèbres alentours. La vue d’Elquirel semble les rasséréner quelque peu. Faisant un geste à ses amis de rester en retrait la jeune elfe s’avance à leur rencontre et un dialogue inintelligible pour les autres s’engage.« Mes amis de la famille des Thal’Veyrin, les gardiens du val oublié, ont fait face à une vieille connaissance. Le mage de Thay que nous avons croisé à Essembra a pénétré leur territoire. Sans l’ombre d’un doute, sa destination est la tour de Faerolin. Un endroit sacré pour les elfes de Cormanthor. Ils ont tenté de l’arrêter lui et sa troupe mais sa magie s’est montré bien supérieure à leurs armes et après de sérieuses pertes, mes amis elfes ont été contraints de se replier et de laisser le mage parvenir à destination. Ils sollicitent mon aide. Je ne peux leur refuser. Je leur ai indiqué que je prépare mes affaires et que je les accompagnerai dès demain.
- Bon, ben tout le monde au lit alors. C’est pas tout ça mais il va falloir crapahuter demain.
- Georges, j’ai donné mon aval, je ne vous ai pas demandé de me suivre !
- Ah parce que tu crois qu’on va rester en arrière et te laisser récupérer tous les honneurs ! De toute façon, j’ai battu tout le monde ce soir, je n’ai plus rien à faire ici dans les prochains jours !
- Nelson n’a pas tort et sans nous, tu cours à la catastrophe, ma fille.
- D’autant qu’il est hors de question de nous abandonner en nous laissant le nain à demeure, on ne te le pardonnerait jamais ! » ricane Tuskan.
- Merci les amis, je lève toute réserve chez mes confrères et on se prépare. »
1359 : du 16 à 21 Nightal
L’étrange équipage constitué des elfes sauvages et des aventuriers de Valperdu s’enfonce toujours plus profondément dans les bois de l’antique royaume de Cormanthor. Si de timides contacts se nouent à l’occasion du campement ou lors de la contemplation commune des merveilles que la nature peut offrir, les préjugés et les incompréhensions culturelles ne sont jamais bien loin. Les elfes habitués à traverser quasiment invisibles et inaudibles la forêt s’agacent du bruit produit par la compagnie en marche. Les jeunes humains pestent contre ce qu’ils considèrent comme un comportement dédaigneux à leur endroit de personnes venues leur quémander leur appui. Et Elquirel a bien du mal à maintenir la cohésion de tout ce joli monde.
Après plusieurs jours de marche, la compagnie est rejointe par des éclaireurs elfes. Ces derniers réclament le plus grand silence. Parvenus à proximité de l’ancienne tour, on pénètre dans une zone tenue par l’ennemi. Les scouts alertent que le mage s’est ceint d’une couronne magique vraisemblablement découvert dans les antiques sous-sols de la tour et qu’il lève depuis des cohortes de morts-vivants qui gardent l’entrée du complexe mais également qui patrouillent et pullulent dans les bois éliminant toute vie croisée.
Le chef ennemi terrassé, la troupe récupère ses objets précieux et se soigne. Par rapport à leur première rencontre, le mage semble émacié et terriblement vieilli comme si ses forces vitales avaient été aspirées. Nul ne souhaite ceindre la couronne qu’il arborait, conscient qu’elle doit être responsable au moins en partie de cette situation. Puis la troupe laissant les elfes sauvages garder l’extérieur, s’enfonce dans la paroi rocheuse. L’ouverture à demi ensevelie sous la mousse et les racines mène à un escalier de pierre descendant. Les murs portent encore des runes de protection, mais leur pouvoir semble affaibli. Un parfum de sève et de pierre humide flotte dans l’air. Par endroits, des éclats d’argent incrustés dans la roche renvoient la lumière des torches. Une voix venue de nulle part chuchote (en elfique) « Reposez vos armes… La mémoire ne blesse que ceux qui l’oublient. »
Très vite, la troupe parvient dans une sorte d’antichambre voûtée où reposent trois sarcophages ouvragés. Deux des linteaux ont été déplacés, le troisième sarcophage est complètement ouvert. Au milieu de la pièce, une lanterne de cristal bleu pulse doucement, éclairant des runes gravées dans le sol. Chaque tombe porte le nom d’un membre de la lignée Audark, écrit dans une calligraphie fluide : Thalandor, Hynriel, Calenna Audark. Leurs visages sculptés sont empreints d’une grande sérénité… mais leurs orbites semblent suivre les intrus. Une voix elfique résonne bientôt dans la salle « Vous foulez les marches du souvenir. Si votre cœur porte encore le souffle des arbres mêlés, la voie s’ouvrira. » Un peu plus loin, s’ouvre une vaste salle naturelle dominée par un bassin d’eau stagnante. Des fragments de lumière s’y reflètent comme des étoiles mortes. Alors qu’il contemple le bassin, Victor perçoit l’image d’une ancienne tour blanche autour de laquelle sont rassemblés de nombreux elfes. Tandis qu’il se frotte les yeux, une voix spectrale semble jaillir de l’eau pour asséner : « Faerolin brûle encore dans la mémoire … Trouvez la racine, et la tour renaîtra. »
La salle suivante est tapissée de crânes elfiques disposés en spirales parfaites. Chaque crâne est orné d’une feuille d’argent, et leurs orbites renferment des lucioles vertes. Quatre silhouettes d’elfes fantomatiques se matérialisent pour psalmodient en chœur : « Par le souvenir et la sève, la lune se souvient. ». Dans une alcôve dissimulée, le groupe s’empare d’un manuel permettant de créer des golems de chair.
La compagnie s’engage ensuite dans un couloir orné de fresques murales dépeignant la gloire et le crépuscule des Audark. Les protagonistes de ces tranches de vie semblent surveiller du regard le passage de la troupe. Le long du couloir s’alignent cinq gisants. Les linteaux de pierre ont été déplacés. Le couloir mur est obstrué par une imposante grille de fer. A son fronton est indiqué en elfique “Là où la lune touche la mémoire, s’ouvre la porte de la sagesse perdue". Aucun mécanisme d’ouverture n’étant visible, les héros empruntent une ouverture sur leur droite et débouchent sur une antique chapelle ; Un autel brisé couvert de cendres argentés en occupe le centre. Tout autour des chaînes rouillées et noircies pendent du plafond. Une clef argentée gît au pied de l’autel. Alors que Georges s’en saisit, le fantôme d’un prêtre fait son apparition. Il désigne de la main la pièce d’où viennent les héros, murmure « Faerolin n’est pas morte… Ses mots brûlent encore dans les cendres. Emportez la clef, et suivez la lumière qui saigne. », puis s’étiole et disparaît. La pièce ne disposant pas d’autre issue, les héros rebroussent chemin et se campent devant la grille. Gidéon et Victor ne localisant toujours aucun mécanisme d’ouverture, Nelson les écarte sans ménagement et lâche à la cantonade : « Laissez faire et prenez-en de la graine mes agneaux, » Il retrousse ses manches, bande les muscles et commence à tirer pour écarter les barreaux. L’affaire semble impossible au vu de leur épaisseur et pourtant, millimètre après millimètre, le fer plie face à la force du guerrier. La tension semble trop importante pour qu’il finisse par l’emporter mais bientôt un passage assez large permet à la troupe de poursuivre son exploration. Le respect se lit dans le regard de ses membres tandis qu’ils dépassent l’un après l’autre le titan qui reprend sa respiration et masse ses membres engourdis par l’effort.
Bientôt les aventuriers accèdent à une salle rectangulaire au sol pavé d’argent. Un antique cercle magique aux runes elfiques rouge pâle scintillant faiblement est visible. En son centre, l’empreinte creusée d’une clef. Sur le mur nord, une fresque dépeint une tour élancée de pierre blanche couronnée de lueurs argentées : la Tour de Faerolin dans toute sa majesté. Au bas de la fresque, l’inscription encore lisible : Par la mémoire et la lune, la racine ouvre la voie. Un Tuskan fébrile et dévoré de curiosité exhorte Georges à lui remettre la clef et faisant fi de toute prudence s’aventure au cœur du pentagramme pour y déposer la clef. Une illusion prend alors vie, une vaste bibliothèque en cercles contenant des milliers de livres se dévoile aux regards Puis une voix déclame « La Tour des Feuillets Perdus attend. La bibliothèque oubliée n’est jamais loin de la mémoire. » Puis tout revient à la normale et l’illusion disparaît.
« Eh ouais le mago, c’est pas encore ici que tu mettras la main sur plein de magnifiques livres poussiereux et rasoirs ! Allez arrête de bouder et reprends ton sac à dos, on continue. »
La porte de la salle est verrouilée, mais Victor fait vite montre sde ses talents de serrurier. Le groupe pénètre dans une nouvelle salle.
La troupe longe bientôt un cours d’eau souterrain. L’air est frais, une brume légère flotte au-dessus de l’eau. Deux colonnes ouvragées d’un peu plus de deux mètres représentent deux superbes elfes tenant chacune une épée à fine lame. Un cercueil ouvragé repose sur le sol. Son gisant montre un elfe armé d’un arc magnifique. Mus par la curiosité et malgré les remarques véhémentes d’Elquirel et de Kasdanthur, Nelson et Tuskan s’avancent pour contempler le cercueil de plus prés en promettant de ne rien toucher. A peine Nelson a-t-il bougé le linteau de pierre que les caryatides subissent une transformation aussi rapide que surprenante, la pierre grise qui les recouvrait prend une couleur chair pale, leurs yeux se mettent à luire d’un éclat blanc. Les jeunes ont tout juste le temps de lancer l’alerte qu’un nouveau choc se prépare !






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